PETITE ETINCELLE de Nicolas Bianco-Levrin & Julie Rembauville – Le Court Du Mois

pertinence.retinienne/ mai 29, 2020/ Le Court Du Mois/ 0 comments

PETITE ETINCELLE - Nicolas Bianco-Levrin & Julie Rembauville

Cela fait maintenant plusieurs mois que j’ai découvert l’Univers de Nicolas et Julie. J’avais très envie de vous partager un de leur court métrage pour vous le faire découvrir. C’est pourquoi j’ai choisi Petite Etincelle pour Le Court du Mois . Je vous laisse découvrir le film avant de lire la rencontre avec Nicolas Bianco-Levrin. 

INTERVIEW : Rencontre avec Nicolas Bianco-Levrin

Nicolas et Julie

Salut Nicolas, et merci de participer au Court du Mois. Pourrais-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Voici plus de 20 ans que l’on se connaît avec Julie (depuis le lycée) et que nous faisons des projets ensembles. Durant nos études, nous écrivions et dessinions des histoires illustrées pour enfants (bandes dessinées et albums jeunesses – éditions Grandir). Puis en parallèle, on a fait deux premiers films d’animation. Comme nous n’avions presque aucune expérience et que nous ne pouvions travailler que par bouts de soirées, ces deux films ont pris près de 3 années pour se réaliser (Le Machino / Monsieur Jean).

Par la suite, on a eu besoin de faire des images plus rapidement. Nous avons enchaîné les films faits avec des moyens assez modestes. Chaque film était l’occasion de se faire une nouvelle expérience. Ces films sont remplis de maladresses, mais ils nous auront permis de nous former à l’animation, au montage, à la réalisation et au son.

Puis on a commencé à faire des films produits avec Sacrebleu, Folimages, la Luna ou XBO Films. Nous ne faisons que des courts métrages, car c’est là que nous trouvons le plus de liberté. Plus il y a de budget dans un film, plus les partenaires sont présents à chacune des étapes d’écriture et de réalisation. En court métrage, on a des petits budgets, donc beaucoup plus de liberté que dans de la série, ou du long métrage.

PETITE ETIENCELLE est un des court métrages de PROTOTYPES PRODUCTIONS, votre association. Pourquoi avoir créé votre propre structure de production et quelle est son activité ?

En sortant du lycée, on a organisé deux festivals de courts métrages : Prototype Vidéo et Proto&Co. À l’époque, les films ne voyageaient en festival que s’ils étaient sur pellicule. Il y avait très peu de festivals de films amateurs ou indépendants (sur support vidéo). Souvent, ces festivals étaient organisés par des étudiants et ne duraient que 2 ou 3 ans. Prototype Vidéo a duré 15 années (2002/2016) et Proto & Co en arrive à sa 13e édition (depuis 2008). Ces festivals très modestes nous ont permis de découvrir plus de 100 000 films, d’en programmer 800 et de rencontrer autant d’équipe qui chacune à partager leurs aventures, leurs questionnements, leurs trouvailles. Une bonne partie de notre culture et connaissance sur le court métrage nous vient de ce que toutes ces équipes nous ont montré, raconté et appris.

En parallèle de l’organisation de ces festivals, nous avons monté une toute petite partie de production. Cette micro structure permet de mutualiser des connaissances et des moyens pour réaliser des films. Nous avons essentiellement monté des projets de films d’animation. Cela nous a aussi aidés à envoyer nos films en festival plus facilement, car en 2008, les envois se faisaient encore par courrier, sur DVD ou VHS. Cela représentait des coûts que nous ne pouvions pas supporter seul.

Vers 2012, lorsque les supports numériques sont devenus la norme (DCP, formats de tournage), nous avions accumulé une expérience qui nous a donné des facilités. C’est à cette époque que l’on a commencé à organiser des micros résidences les Proto Kino. Petite Étincelle a été réalisé dans ce cadre.

J'allais justement te questionner sur le fait que PETITE ETINCELLE a été réalisé dans le cadre d'une résidence. Peux-tu nous raconter cette expérience ?

Les Protos Kinos permettent à une dizaine de réalisateurs de réaliser leur film, seul ou en binôme. Il s’agit de retirer toutes les contraintes du quotidien et de permettre à chacun d’avancer le plus librement possible sur son projet. Le plus souvent, chacun en profite pour faire une expérience, narrative ou technique. Les connaissances des autres sont alors précieuses pour avancer sur nos propre projet et on en ressort avec beaucoup de connaissance en plus.

Chacun arrive avec un bout d’idée, quelques éléments de prêts, puis il travaille sur l’image de son film durant les 7 jours de la résidence. Le film n’est pas forcément terminé au bout de la semaine. Il reste souvent un peu de post production qui est fait dans la semaine qui suit.

Qu’est-ce qui vous a inspiré le récit de cette petite souris, passionnée de livres, en quête d’allumettes ?

La maison dans laquelle nous avions fait ce Proto Kino n’est plus habitée et elle s’est figée dans les années 60. C’est ce décor qui est à l’origine de l’histoire. Et nous avons imaginé les personnages qui pourraient y vivre lorsque les humains n’y sont pas. La souris nous donnait la possibilité de transformer un peu la réalité. À son échelle, une maison devient un grand terrain d’aventures. Nous avons regardé cet espace à la hauteur de la souris et nous avons écrit l’histoire en se baladant à 4 pattes dans la maison. Chaque objet prenait une autre proportion et pouvait devenir une aventure à lui seul. Pour une souris, il ne s’agissait plus d’une simple maison, mais d’un lieu rempli de pièges, de montagnes.

Dans cette maison, il y a des livres dans chaque armoire, des vieilles éditions des Livres de poche. Ces livres ont constitué le décor de la grotte imaginaire de la souris. On y a ajouté tous les objets qu’elle aurait pu glaner pour installer son intérieur cosy. Avant même de l’avoir dessiné, le personnage semblait exister rien qu’en voyant ce premier décor.

La technique du “dessin” animé par dessus des photographies est finalement assez peu utilisée et pourtant hyper intéressante. Elle permet de créer un monde imaginaire sur de vrais décors. Pourquoi avoir fait ce choix ? Et quels enjeux techniques cela entraîne-t-il ?

Sur la quarantaine de films que nous avons réalisé, nous avons essayé différentes techniques d’animation (papiers découpés, ombres, dessin animé, pâte à modeler, volume) et aussi différents univers. Parmi ces techniques, nous avons essayé quelques fois d’animer des dessins sur des photos. C’est de l’animation 2D traditionnelle dessinée image par image à la tablette graphique sur des décors en photographie. Mais pour que l’animation s’intègre au mieux dans ce réel en photo, il nous fallait aussi en animer quelques morceaux : une porte qui claque, un pan de nappe qui bouge, le petit tiroir d’une boîte d’allumettes qui s’ouvre. Ces animations ont été faites en stop motion, image par image. La boîte d’allumettes s’ouvre en plusieurs photos, puis nous avons dessiné la souris qui l’ouvre par dessus ces photos. Pour chaque plan, il fallait que l’on voit quelle partie du décor allait être animée et l’anticiper. En dessin animé, on peut créer les décors tels qu’on les désire pour la mise en scène. En partant d’un décor existant, il fallait que l’on s’adapte au lieu. Ce décor a donc été un élément essentiel dans l’écriture de l’histoire. Il aura autant été une aide pour l’inspiration, qu’une contrainte pour les limites qu’il nous imposait. Sur un temps de création très réduit, cela s’est avérer être une aide précieuse, car cette limite nous permettait de ne pas nous perdre dans l’écriture.

D’un point de vu narratif, cette technique permet de mettre de l’imaginaire dans le réel. En prenant un autre point de vue pour montrer le réel, la magie arrive presque seul. C’est ce que l’on peut obtenir avec la macro photographie. Quelques films ont utilisé ce procédé : Marie Poppins, Qui veut la peau de Roger Rabbit ? Le numérique aujourd’hui, nous facilite grandement la tâche. Nous pressentons qu’il y a encore bien plus à imaginer que ce que nous avons pu faire avec les 4 films déjà réalisés avec cette technique. On pense que nous en réaliserons encore quelques autres.

Le son est extrêmement important sur ce type de projet car c’est lui qui donne vie aux images. Comment l’avez-vous travaillé ?

Sur tous nos films, nous pensons au son dès le storyboard, en même temps que nous mettons en image le scénario parce qu’il participe au rythme. Dans ce film, il s’agissait de faire du son avec du tout petit dans du très grand, une petite souris dans une maison d’humains. L’enjeu était d’arriver à  donner à entendre les petits sons de la souris et d’en changer l’échelle. Il fallait jouer aussi sur le silence ou du moins des ambiances ténues et pas très habitées dans lesquelles le moindre bruit significatif serait un danger potentiel pour la souris. Cette tension-là, on voulait la rendre par du son et pas par de la musique. La musique dans ce film-ci accompagne la souris dans ses lectures. C’est la bande son de ses aventures imaginaires. Par contraste, ses aventures réelles sont plus prosaïques. C’est sa petite voix et les mouvements de son petit corps qu’on entend évoluer dans le grand espace vide de la maison

Merci d’avoir partagé votre court métrage avec nous. Hâte de découvrir vos futurs projets, mais quels sont-ils ?

Il y a d’un côté les films fait avec notre associations qui ne demandent aucun moyen et les films produits qui nécessitent des financements. Pour les films produits, nous avons toujours 3 ou 4 projets de courts métrages en cours qui en sont à différentes étapes d’avancement dans la production. Pour le moment, il y a une histoire de lutte sociale du point de vu des enfants dans la communauté italienne du Paris des années 60.

Pendant le confinement, nous avons réalisé à la maison un nouveau film dans le même esprit que Petite Étincelle. L’histoire d’un petit oiseau qui quitte sa cage et prend peur en découvrant la liberté. L’image est tout juste terminée, il ne reste plus que le son qui devrait être fait d’ici l’été. 

Pour en Savoir Plus

Pour découvrir toute la filmographie de Nicolas Bianco-Levrin et Julie Rembauville, je vous incite à vous rendre sur leur site ! 

Q.

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